Irving Penn


Single Oriental Poppy, New York, 1968

Visages, corps, fleurs ou encore cigarettes sont tous des réalités qui attirent l’œil aiguisé du photographe de grande renommée Irving Penn et qu’il tâchait de capturer. Ce sont ces captures immortalisées que nous offre à voir l’exposition rétrospective du Grand Palais, rassemblant une grande partie de l’œuvre magistrale de l’artiste à l’occasion du centenaire de sa naissance.

L’exposition rétrospective est de grande envergure et a lieu dans un lieu aussi monumental que l’est le Grand Palais où elle s’étend sur deux étages et une dizaine de salles. Chacune d’entre elles abrite plusieurs dizaines de photographies regroupées par thèmes qui correspondent aussi à différentes périodes de la vie de l’artiste. Les photographies nombreuses, en noir et blanc pour la plupart, sont mises en valeur par la couleur des murs qui adoptent différentes nuances de gris au fil du parcours. La mise en scène de l’exposition est assez sobre, les photographies s’enchaînent dans leur cadre blanc souvent disposées à la même hauteur, celle des yeux du visiteur.

Irving Penn commença la photographie à une époque où elle n’était pas encore considérée comme un art à part entière. Pourtant l’artiste soigne ses tirages, il s’intéresse aux anciennes techniques de photographie et emploie même des techniques quasi artisanales d’une façon très méticuleuse. D’aucun considère qu’Irving Penn a deux visages : un photographe de mode et de personnalités connues et un photographe plus aventurier qui possède un certain goût du voyage et explore de nouvelles facettes de la photographie. S’il est surtout célèbre pour l’œuvre accomplie pendant plus de soixante ans pour le magazine de mode Vogue, ce n’est que l’un des aspects de son travail de recherche sur les visages, les corps, les silhouettes et les parures. Irving Penn travailla beaucoup avec les jeux des volumes dans la lumière qu’il traitait à la façon d’un sculpteur. Il s’inspire également de la peinture avec laquelle il avait fait ses débuts mais qu’il abandonnera vite, allant même jusqu’à détruire ses tableaux. Cette inspiration se retrouve dans la composition de ses photographies et en particulier la composition des natures mortes qu’il réalise à ses débuts et dans sa fin de carrière et qui s’inscrivent directement dans la lignée de la peinture traditionnelle des natures mortes. Il leur redonne cependant une touche de modernité et raconte avec elles des histoires dont les protagonistes sont absents mais ont laissé des traces.

After-Dinner Games, New York, 1947

A la vue de l’After-Dinner Games, notre esprit semble en effet inviter à imaginer une histoire et il est presque difficile de ne pas voir sous nos yeux des personnages jouer, boire voire éteindre une allumette qui laissera ses cendres sur la table. Mais si l’aspect artificiel de la photographie nous apparaît de façon évidente, il semble que ce soit le fait de la volonté de l’artiste dont l’ambition principale était de raconter une histoire et d’inviter le spectateur à déchiffrer l’image et ses signes de vie, révélateur des habitudes de consommation et de divertissement de l’époque.

La renommée du photographe tient en grande partie à ses portraits, qui constituent une part importante des œuvres présentées dans l’exposition. Une salle est consacrée à une série de photographies sur les petits métiers. Irving Penn capture des artisans entourés de leurs outils de la même façon qu’il photographie l’élite culturelle et les mannequins.

Le Rémouleur, Paris, 1950
Il photographie les artisans en dehors de leur environnement habituel dans un décor sobre, devant un grand rideau de théâtre, qu’il utilise en studio ou emmène avec lui lors de ses voyages. Une importance particulière est accordée à la mise en scène : position du corps, tombée ou mouvements des vêtements ou accessoires. Irving Penn s’attache à faire ressortir la personnalité de ses modèles. C’est en établissant une relation d’intimité avec ses modèles qu’il donne à voir l’humanité sur ses photographies. Par ailleurs, en faisant poser de la même façon mannequin, célébrités, et artisans, Irving Penn brouille les hiérarchies habituelles au sein de la société.

Avec une œuvre magistrale d’une grande diversité (photographies de mode, d’artisans, portraits ethniques, nus, natures mortes…), Irving Penn est devenu incontournable pour l’histoire de la photographie. En effet, en s’inspirant d’autres arts plastiques comme la peinture ou la sculpture, il ouvre de nouveaux champs à l’art de la photographie. L’œuvre d’Irving Penn contribue à la mémoire visuelle d’une époque en partie révolue, tant par le caractère éphémère de la mode, que par la représentation de petits métiers qui ont pour beaucoup d’entre eux disparus aujourd’hui.

Cécile Ferrand, Terminale S2


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